« 25 novembre 1843 » [source : BnF, Mss, NAF 16353, f. 91-92], transcr. Olivia Paploray, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.11557, page consultée le 04 mai 2026.
25 novembre [1843], samedia matin, 9 h.
Bonjour mon Toto bien-aimé, bonjour mon ravissant petit homme. Comment vas-tu ce
matin, mon amour ? Moi j’ai toujours les mains comme des charbons ardents et sans
avoir tout à fait aussi mal à la tête que cette nuit, je ne suis pourtant pas à mon
aise. J’ai très peu et très mal dormi. En somme tout cela ne sera rien si tu viens
me
voir bien vite. Je voudrais bien que tu puisses te dispenser de la corvée de demain,
même quand je n’en devrais pas profiter, car je trouve triste d’aller s’enrhumer pour
une cérémonie très peu intéressanteb par rapport à l’homme. Tâche de te faire remplacer, ne
mets pas trop de scrupule si tu peux.
Je vais écrire à Brest tout à l’heure pour
remercier quoiqu’en vérité il n’y ait pas de quoi. Ce monstre Jacquot[est] plutôtc
une mystification pour moi qu’un plaisir. Ces pauvres gens se sont grossièrement
trompés mais je dois leur savoir gré de l’intention et c’est d’elle que je
remercierai. Pour cela il va falloir que je taille ma plume, ça n’est pas une petite
besogne. Rien ne me coûte plus à faire que ce genre de travail. Décidément le genre
littéraire ne me va pas du tout.
Il est probable que je prendrai ma première
leçon de brochage demain. Pourvu que je saisisse c’est tout ce que je demande.
Malheureusement je ne suis pas très adroite. Enfin j’y mettrai toute la bonne volonté
possible. Le désir de te faire un petit plaisir est capable de me faire faire bien
des
choses même les plus difficiles à plus forte raison les impossibles. Je t’adore.
Juliette
a Juliette avait écrit « jeudi » au lieu de « samedi ».
b « interressante ».
c « plus tôt ».
« 25 novembre 1843 » [source : BnF, Mss, NAF 16353, f. 93-94], transcr. Olivia Paploray, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.11557, page consultée le 04 mai 2026.
25 novembre [1843], samedi soir, 4 h. ¼
Est-ce que tu ne vas pas venir bientôt, mon cher adoré ? Je t’attends toujours, je
te désire de toutes mes forces, je t’aime de toute mon âme, ce qui ne te fait pas
venir plus vite. Cependant j’aurais bien voulu te voir avant que la mère Lanvin et ses petits goistapioux ne soient venus. Tu
serais bien gentil de venir tout de suite mon cher petit amoureux si peu pressé.
Vraiment on dirait une gageure avec ce papier retourné. Tous les soirs c’est la même
chose et cependant j’y regarde à deux fois avant de commencer. Si cela a une
signification ce doit être le guignon qui me poursuit dans votre cher petit individu.
Plus je vous désire moins vous venez, plus je vous aime et moins je vous vois. On
n’a
pas plus de chance que moi y compris le Jacquot jacquotant dont je suis affublée depuis quatre jours. Cependant
je dois avoué qu’il a été assez tranquille aujourd’hui, peut-être même en viendrai-je
à bout avec de la patience.
Voici qu’on sonne, ce doit être la mère Lanvin. Je finirai mon gribouillis ce soir.
10 h. ¾
Voilà la mère Lanvin et les deux gamins
partis. Je me suis déshabillée, j’ai compté ma dépense et me voilà gribouillant en
t’attendant.
Pauvre adoré éblouissant vous étiez bien beau ce soir. Vos yeux
brillaient comme des diamants noirs et votre beau front resplendissait. On aurait
dit
que vous aviez aux pieds de la poussière des étoiles comme si vous veniez de marcher
dans le ciel. D’où veniez-vous donc mon adoré ? J’ai beau vous voir tous les jours
je
ne suis pas encore accoutumée à votre divine beauté. Au reste je ne suis pas la seule
qui vous voie ainsi. L’apprenti de Mme Lanvin a dit en voyant votre portrait au-dessus
celui de Claire : Dieu
qu’il est gentil ce M. là. Il est bien plus gentil que la petite fille. Vous
voyez que l’enfant a dit vrai et moi je vous adore de toute mon âme.
Juliette
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
les répétitions et la création des Burgraves à la Comédie-Française sont compliquées par un procès et une cabale. Au retour de leur voyage en Espagne et dans les Pyrénées, ils apprennent la mort par noyade de Léopoldine, fille aînée de Hugo.
- Janvier-févrierRépétitions des Burgraves. Le rôle de Guanhumara ayant été retiré à Mlle Maxime, on cherche à la remplacer. Après Mlle Fitz-James, c’est Mme Mélingue qui est finalement choisie.
- 14 et 15 févrierMariage de Léopoldine Hugo et Charles Vacquerie.
- 7 marsPremière des Burgraves à la Comédie-Française.
- PrintempsHugo fait la connaissance au printemps de la femme de lettres Léonie d’Aunet, épouse Biard, et débute avec elle une liaison au printemps, ou à l’automne, ou en mai 1844, qui ne sera révélée à Juliette Drouet qu’en 1851.
- 18 juillet-12 septembreVoyage en Espagne et dans les Pyrénées, interrompu par la nouvelle de la mort de Léopoldine Hugo, noyée dans la Seine, à Caudebec, près de Villequier, avec son mari Charles Vacquerie, le 4 septembre. Hugo l’apprend le 9, en lisant le journal, à Rochefort. Léopoldine a été enterrée le 6 septembre, à Villequier. Retour précipité à Paris.
